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J'utilise l'IA tous les jours. Voici ce que ça change vraiment.

L'IA me fait gagner du temps. C'est vrai, et c'est aussi la réponse la moins intéressante à donner.

Ce qui m'intéresse davantage : comment elle a modifié ma façon de travailler, ce qu'elle ne remplace pas, et ce que ça dit du métier.

Ce que j'utilise au quotidien

Je travaille avec Claude Code depuis plusieurs mois, à la fois dans mon poste chez BSA Web et sur mes projets freelance. L'outil s'intègre directement dans le terminal, dans le flux de travail normal. Ce n'est pas un chatbot où on colle du code : c'est quelque chose qu'on garde ouvert en permanence, comme un IDE.

BSA Web a construit un marketplace de plugins Claude Code internes : des agents spécialisés pour chaque tâche. L'un analyse le diff et propose un message de commit conventionnel. Un autre orchestre une revue de code (backend, frontend, sécurité) avant chaque merge. Il y en a pour les tickets de support, pour la gestion de projet.

Ces conventions ont été pensées pour une équipe. Ce que j'ai découvert en les appliquant aussi sur mes projets perso : elles fonctionnent encore mieux quand on est seul. Je ne merge rien sans un regard externe sur le diff. Ce regard vient maintenant d'un agent, mais c'est un regard structuré et systématique quand même. Je code avec une rigueur qui relevait du travail en équipe. En restant solo.

Cette façon de faire n'est pas isolée. En mars 2026, j'étais au WordCamp Nice, où Florian Truchot a consacré sa conférence à la construction d'une "armée d'agents IA avec Claude" pour gagner en vitesse et en qualité de développement. Ce qu'on outille chez BSA, une partie de la communauté WordPress le construit en parallèle : j'essaie d'être présent à ces rendez-vous, là où les pratiques se confrontent avant de se diffuser.


Ce que je ne délègue pas

L'agent produit, je relis. Vraiment.

Ce que l'IA rate régulièrement : le contexte que je n'ai pas mis dans le prompt. Elle produit du code correct pour le cas générique. Elle ne sait pas que ce formulaire sera rempli par quelqu'un qui ne distingue pas un champ requis d'un champ suggéré. Elle ne sait pas que le prestataire logistique de la boutique a une API dont les timeouts doivent être gérés avec soin. Elle ne sait pas non plus ce que j'ai appris sur des projets précédents et qui n'est écrit nulle part.

Pas un reproche, juste une limite à garder en tête : ce contexte-là, l'IA ne peut pas l'inventer. Personne ne le peut à sa place.


L'IA amplifie ce que tu es déjà

GitHub le documente dans son Octoverse 2025 : l'IA abaisse les barrières, mais amplifie les mauvais patterns.

Un dev rigoureux (attentif à la sécurité, à l'échappement des données, aux permissions) progresse plus vite dans cette direction. Un dev qui produit du code "qui marche" sans chercher le pourquoi produit ce code plus vite lui aussi, avec une syntaxe impeccable en prime. Le résultat sera propre. La dette technique sera là quand même.

L'IA n'a pas d'avis sur ce qui est bien construit. Elle juge la cohérence avec ce qu'on lui a demandé. C'est pour ça que la comparaison avec Git tient : Git ne vous empêche pas de pusher du code cassé. Il vous permet juste d'aller vite dans la direction que vous choisissez.


Ce qui m'inquiète

Je ne suis pas directement menacé : 11 ans de pratique, à mon compte, avec une façon de travailler construite sur des projets réels. Mais la situation des développeurs juniors me préoccupe.

Les grandes entreprises tech ont réduit leurs embauches de jeunes diplômés de 50 % en trois ans. En France, deux employeurs sur trois prévoient de continuer dans ce sens d'ici 2028. La raison n'est pas mystérieuse : les tâches structurées et répétitives (tests automatisés, corrections de bugs simples, boilerplate, documentation), c'était ce qu'on confiait aux juniors. C'est aussi exactement la zone de confort des LLM.

Ces tâches n'étaient pas seulement du travail. C'était le mécanisme par lequel on apprenait à faire des choix.

Je le vois de mes yeux. Je fais partie des jurys d'examen du titre professionnel de développeur web et web mobile, et l'écart entre les rendus d'avant l'IA et ceux d'après est net : les projets sont plus aboutis, plus ambitieux. J'ai vu passer un mini-CMS développé sous Symfony. Mais quand je demandais ce qu'était Doctrine, ou quel algorithme protégeait les mots de passe stockés en base, la réponse ne venait pas. Le projet tenait debout, et son auteur ne savait pas sur quoi il reposait.

C'est ça qui m'a marqué : les rendus se sont nettement améliorés, et dans le même temps l'expertise réelle des candidats a reculé.

Or ce sont justement les questions qu'on tranche en amont, avant d'écrire la première ligne. Pourquoi Symfony plutôt qu'autre chose ? On gère des comptes utilisateurs, comment renforcer la sécurité ? Des choix stratégiques que ces candidats n'arrivaient pas à justifier, parce qu'ils ne les avaient jamais faits : l'outil les avait faits à leur place. Il livre le résultat sans transmettre le raisonnement qui aurait dû y mener.

La valeur d'un senior vient des années à faire de mauvais choix d'architecture, à voir ce que ça donne en production, à recommencer autrement. Un article de Siècle Digital le formule bien : "l'IA ne supprime pas le travail des juniors, mais leur droit d'apprendre." Si on retire cette marche-là, comment les dev de demain acquièrent-ils le jugement qui vient de l'avoir ratée ?


Pour les clients

Pas grand-chose dans ce que vous achetez.

Ce que vous achetez : une lecture de votre besoin réel, un choix technique adapté à votre contexte, un projet que je peux défendre et maintenir. L'IA peut m'aider à aller plus vite sur certaines parties. Elle ne remplace pas la conversation de cadrage. Elle ne remplace pas non plus la vérification que ce qu'elle a produit correspond à votre situation et pas au cas générique dont elle s'est inspirée.

Sur certains projets, le temps de production est plus court. J'en tiens compte dans mes estimations.

Ce qui ne change pas : si quelque chose ne fonctionne pas, c'est moi qui réponds. Si un choix s'avère mauvais à l'usage, c'est moi qui comprends pourquoi et qui corrige.


Pourquoi ça résonne particulièrement

Il y a une raison plus personnelle à l'attachement à cet outil. Je suis diagnostiqué TDAH : ma pensée fonctionne en arborescence, le passage de l'idée à l'action demande un effort de structuration que d'autres font naturellement. L'IA compense ces frictions : je pose ma pensée telle qu'elle arrive, désordonnée et ramifiée, et l'outil la met en ordre. Pas simplifiée, mais structurée. Ce n'est pas la même chose.

Les profils neurodivergents sont surreprésentés parmi les utilisateurs quotidiens d'IA, non par effet de mode mais parce que l'outil répond à des frictions réelles dans le passage à l'acte : structuration, priorisation, mise en ordre.

J'en parle plus en détail dans l'article sur le TDAH et le travail : le diagnostic tardif, les cinq agences en sept ans, et pourquoi trouver le bon cadre change tout.

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