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WordPress sans page builder : pourquoi j'ai arrêté Elementor et Divi
J'ai installé Elementor pour la première fois vers 2017. À l'époque c'était une petite révolution : enfin un moyen de mettre en page un site WordPress sans toucher au PHP, avec un rendu visuel en temps réel et un résultat propre. J'en ai livré une trentaine en deux ans. Divi aussi, pour les clients qui avaient déjà la licence. Et puis j'ai arrêté.
Ce n'est pas une prise de position dogmatique. Les page builders règlent un vrai problème pour une vraie population d'utilisateurs. Mais après dix ans à construire et maintenir des sites WordPress, je suis arrivé à une conclusion assez ferme : pour un projet professionnel pensé pour durer trois à six ans (la moyenne de vie d'un site avant refonte), ils coûtent plus cher qu'ils ne rapportent.
Ce qu'un page builder règle vraiment
Commençons par ce qui marche. Un page builder permet à quelqu'un qui ne code pas de mettre en page une page d'accueil, une landing, un article. Glisser-déposer des blocs, redimensionner, changer les couleurs en temps réel. Pour un freelance qui fait de la com, un entrepreneur qui veut gérer son site seul, une asso qui ne peut pas payer un dev, c'est une solution qui fonctionne.
Le reproche facile, c'est de dire que les sites Elementor ou Divi sont moches. Ce n'est pas vrai. J'ai vu des sites très bien faits sous Divi, par des gens qui ont du goût et qui prennent le temps. Le problème n'est pas esthétique.
Le vrai problème, c'est la performance
Sur le site WordPress que je viens de livrer pour la Musō Jiu-Jitsu Académie, un thème FSE entièrement sur-mesure en Gutenberg à partir d'un design créé par une directrice artistique, je suis à 76 sur PageSpeed Insights mobile et 97 desktop. Et c'est là que le chiffre compte vraiment : avec un vrai parti pris visuel, des images réelles, des typos personnalisées et des contraintes graphiques imposées, dépasser 75 sur mobile reste excellent. Ce n'est pas un site dépouillé où on a rogné sur le design pour gratter des points de performance. Rien d'extraordinaire dans la méthode, juste du HTML/CSS propre généré par le thème et des choix techniques pensés dès le départ pour tenir la charge.
Le même cahier des charges sous Elementor, sans optimisation lourde, plafonne en général autour de 40 à 60 sur mobile. La page pèse souvent 1,5 à 3 Mo, charge entre 15 et 40 requêtes JS, traîne du CSS inutile. Ce n'est pas parce qu'Elementor est mal codé. C'est parce qu'un page builder est un moteur de rendu générique qui doit pouvoir tout faire, donc il charge du code pour tout, même ce que vous n'utilisez pas.
En 2026, avec les Core Web Vitals comme facteur de classement Google et une audience majoritairement mobile sur 4G moyenne, ce différentiel se traduit en chiffres réels : taux de rebond, pages vues, positions SERP. J'ai repris un site Elementor dont le LCP était à 4,8s. Après refonte Gutenberg, 1,2s.
La dette technique s'accumule sans prévenir
Un site Elementor de trois ans, c'est toujours un chantier. Le plugin a été mis à jour des dizaines de fois, certains modules ont changé de nom ou de comportement, les anciens templates ne rendent plus pareil. Les versions Pro ont ajouté des features que vous n'utilisez pas mais qui chargent quand même.
J'ai eu un client qui voulait juste modifier la couleur d'un bouton sur sa home. Impossible depuis l'admin, la surcharge CSS d'Elementor bloquait le changement. On a mis deux heures à trouver quel sélecteur custom, dans quel onglet, à quelle profondeur il fallait toucher pour que ça prenne. Sur un site propre, c'est trente secondes dans le theme.json ou dans une feuille de style globale.
Le problème n'est pas le bug ponctuel. Le problème c'est que le page builder s'interpose entre vous et le code. Quand quelque chose casse, il faut comprendre la logique du page builder avant de comprendre le problème réel. C'est une couche de complexité en plus, permanente, qui ne disparaîtra jamais.
Le lock-in commercial
Elementor Pro, c'est 60€ par an minimum pour un site, plus cher pour du multisite. Divi, minimum 89$. WPBakery, 69€ la licence à vie (sans le support à payer annuellement). Multipliez par le nombre de sites d'une agence ou d'un parc client, et ça chiffre vite.
Ce coût ne vous rend pas propriétaire de quoi que ce soit. Si vous arrêtez le renouvellement, le plugin continue de fonctionner mais plus de mises à jour, donc risque de sécurité et d'incompatibilité avec les prochaines versions de WordPress. Si vous voulez partir, il faut reconstruire toutes les pages depuis zéro, parce que le contenu est stocké dans des shortcodes ou des meta propres au builder, illisibles sans lui.
J'ai vu des clients rester coincés dix ans sur Divi parce que migrer leurs 80 pages représentait trois semaines de travail qu'ils ne pouvaient pas s'offrir. Le builder devient un passager clandestin dans leur budget annuel, pour toujours.
Gutenberg en 2026 n'est plus le truc bancal de 2018
Beaucoup de développeurs gardent de Gutenberg l'image de 2018-2019 : un éditeur limité, avec quatre blocs utiles, buggué sur mobile, incapable de faire une vraie mise en page. Cette version-là a cessé d'exister il y a longtemps.
Avec le Full Site Editing (FSE) introduit en 2022 et stabilisé depuis, on peut construire des thèmes complets : header, footer, templates de pages, templates de CPT, patterns réutilisables, tout dans l'éditeur. Le theme.json centralise la typographie, les couleurs, les espacements. Les blocs natifs couvrent 90% des besoins d'un site vitrine. Pour les 10% restants, on code un bloc custom en PHP ou en JSX, et il s'intègre à l'éditeur comme un bloc natif.
Pour l'utilisateur final qui rédige ses articles et ses pages, l'ergonomie est comparable à celle d'Elementor : insertion de blocs, drag-and-drop, aperçu live. La différence, c'est que le rendu sort directement en HTML propre, sans couche de page builder, sans shortcode propriétaire.
Ce que je perds, honnêtement
Je ne vais pas faire semblant que la bascule est gratuite. Gutenberg reste moins souple qu'Elementor sur certains points.
Les animations et effets visuels avancés (parallaxe complexe, animations au scroll, effets de hover sophistiqués) sont plus chiants à mettre en place. Elementor les propose en checkbox, Gutenberg demande du CSS ou un plugin dédié. Pour les sites où le wow-effect fait partie du cahier des charges, le builder a un avantage.
La courbe d'apprentissage côté utilisateur est différente. Un client habitué à Elementor met quelques jours à retrouver ses marques sous Gutenberg. Mais est-ce la faute de Gutenberg ou simplement difficile de changer d'habitude ?
Enfin, construire un thème FSE prend plus de temps que lancer une installation Elementor sur un template tout prêt. Pour un projet à 500€ où le client veut un site live dans la semaine, le thème acheté sur Envato avec builder reste plus rapide.
Donc, pour qui les page builders restent OK
Il y a des contextes où je recommande encore un builder, franchement. Quelqu'un qui lance son activité en solo, pas de budget dev, besoin d'un site maintenant : prenez Elementor, faites vos pages vous-même, tant pis pour les 60 sur PageSpeed. Un site temporaire, événementiel, avec une durée de vie de six mois : pareil, pas la peine d'investir dans du sur-mesure.
Au-delà de ces cas, pour un site qui doit durer, générer du trafic, représenter une activité professionnelle sérieusement, le bilan penche vers Gutenberg sur la distance. Pas à cause d'une religion anti-plugin, mais parce que le coût total de possession (performance, maintenance, lock-in, factures annuelles) est structurellement plus bas.
Et la migration, concrètement ?
Reprendre un site Elementor ou Divi existant, c'est un projet en soi. On n'appuie pas sur un bouton, il faut reconstruire les pages depuis le contenu éditorial récupéré. Sur un site de 15-20 pages, comptez deux à quatre semaines selon la complexité. Sur un site de 100 pages, c'est un vrai projet de refonte.
La bonne nouvelle, c'est que le contenu texte et les images sont toujours récupérables. Les shortcodes du builder peuvent être extraits en PHP. La SEO se conserve si on garde la structure des URL. Et surtout : après migration, le site n'a plus jamais besoin de cette licence annuelle.
Si vous êtes sur Elementor ou Divi et que la performance ou les coûts récurrents commencent à peser, ça vaut le coup d'en parler. Je fais régulièrement ce genre de refonte pour des clients auvergnats et au-delà.